EDITION 2025
Lizette Villa, réalisatrice et militante cubaine :« Je ne demande pas l’égalité, je demande la justice »
Née dans le quartier populaire d’El Cerro à La Havane, est une documentariste et conseillère musicale cubaine engagée pour la paix et la diversité. Forte d’une carrière audiovisuelle récompensée par plus de 50 prix, elle réalise des documentaires centrés sur la marginalisation, les discriminations et la souffrance humaine. Depuis plus de dix ans, elle consacre son travail au Proyecto Palomas, organisation socioculturelle qu’elle a fondée pour promouvoir une culture de paix et le respect de la diversité. Son initiative organise des rencontres citoyennes favorisant le dialogue et le changement social. Grâce à sa sensibilité artistique et humaniste, elle met son talent au service des publics les plus vulnérables: enfants malades, personnes handicapées, femmes en situation de fragilité, personnes vivant avec le VIH ou encore personnes âgées..
Passeur, pédagogue, et maître discret..Kamel Mekesser, l’orfèvre qui fait parler les images
Il est de ces artisans de l’ombre sans qui les films ne respireraient pas, ne vibreraient pas, ne vivraient tout simplement pas. Kamel Mekesser appartient à cette lignée rare, celle des ingénieurs du son qui sculptent l’invisible et donnent une âme aux images. Depuis près de cinquante ans, son nom se glisse discrètement au générique de chefs-d’œuvre algériens, égyptiens, français et internationaux. Pourtant, derrière cette modestie, se cache l’un des plus grands architectes sonores du monde arabe.
Tout commence dans les années 1970. Étudiant en sciences, passionné de physique et de mathématiques, Kamel Mekesser passe autant de temps sur ses bancs universitaires qu’à la Cinémathèque algérienne, où il nourrit son regard de futur technicien. Un appel à concours publié par la RTA change le cours de sa vie. Il y est admis, orienté vers le parcours « physique acoustique », une discipline à la croisée de ses passions : la rigueur scientifique et la magie du cinéma. Le son devient alors son langage, son métier, et très vite, son destin.
À peine deux ans de formation, en 1976, il est dépêché en Égypte sur le tournage du film de Youssef Chahine, « Le Retour de l’enfant prodigue ». Le maître, stupéfait, voit arriver ce jeune Algérien avec un matériel qu’aucun plateau cairote n’avait encore vu, un Nagra 4.2, des micros Beyer M160, et une méthode de travail ultra rigoureuse.
Dès lors, la réputation de Kamel Mekesser ne cesse de croître. Précision chirurgicale, écoute absolue, sens musical inné, sur chaque plateau, il impose une exigence qui élève les films et impressionne les cinéastes. Son nom se retrouve sur plus d’une soixantaine de longs métrages, parmi lesquels certaines pierres angulaires du cinéma maghrébin et arabe, dont « Omar Gatlato » (1976), « Nahla » (1979), « Radhia » (1991), « Touchia » (1992), « La Maison jaune » (2007), « Les Jours de cendre » (2013), « Le Sang des loups » (2019)… Chaque film devient pour lui un espace d’exploration, une architecture sonore à façonner, un monde à faire naître.
Mais Kamel Mekesser n’est pas seulement un technicien d’excellence. Il est un passeur, un pédagogue, un maître discret. Depuis plus de trente ans, il forme les futurs professionnels de la télévision algérienne, transmettant non seulement des techniques mais une véritable éthique, faite de respect du son, de patience, de justesse et d’une écoute au sens le plus profond du terme. Former, pour lui, n’est pas un acte secondaire mais plutôt un devoir, une manière de prolonger la vie d’un métier qu’il considère comme un art.
Ce qui fait la singularité de Kamel Mekesser, c’est son rapport au réel. Pour lui, un film ne s’entend pas seulement mais se respire, se ressent. Une voix trop haute peut écraser une émotion. Un silence mal capté peut effacer une vérité. Un pas mal enregistré peut trahir un personnage. Il capte les bruissements du monde comme d’autres sculptent la lumière. Dans ce geste patient, presque artisanal, il inscrit une part essentielle de la mémoire du cinéma algérien.
Aujourd’hui, son nom reste l’un des plus respectés du paysage audiovisuel maghrébin. À travers ses films, ses élèves et ses années de travail acharné, Kamel Mekesser a créé ce que peu de techniciens parviennent à accomplir, à savoir, une signature sonore, reconnaissable, sensible et intensément humaine.
Parce qu’un grand film, parfois, commence par une voix juste, un souffle maîtrisé, un silence parfaitement capté. Et parce que derrière chaque émotion ressentie dans une salle obscure, il y a, souvent, le travail invisible d’un homme comme lui.
Kamel Mekesser, l’orfèvre du son, aura donné au 7e art ce que l’on ne voit pas… mais ce que l’on n’oublie jamais.
« Après la fin », de Pablo César ..Luz Fernández de Castillo, une vie d’art et de résilience
Les passionnés de cinéma d’auteur et de films latino-américains ont été gâtés, vendredi à la salle Ibn Zeydoun d’Alger, lors de la projection de « Después del final » (Après la fin) du réalisateur argentin Pablo César. Présenté en compétition officielle dans la catégorie long-métrage de fiction du 12ᵉ Festival international du film d’Alger, ce drame de 91 minutes a marqué les cinéphiles par son intensité émotionnelle, son écriture sensible et son approche singulière de la solitude.
L’œuvre retrace le destin profondément dense de Gloria Romero, figure artistique majeure en Argentine, peintre, poétesse et galeriste reconnue. Sa vie, riche et tourmentée, est revisitée avec une grande délicatesse. Après une enfance jalonnée d’épreuves dont elle ne se remettra qu’à travers la création, Gloria trouve l’équilibre auprès d’Andrés, un Guatémaltèque issu d’une famille noble. Ensemble, ils construisent un foyer, fondent une famille et développent une complicité forgée par soixante-quatre années de vie commune.
Pourtant, à l’âge où la stabilité semble acquise, une rupture inattendue bouleverse totalement son existence. Andrés décide de s’éloigner et de quitter le pays, laissant Gloria seule face à une vieillesse qu’elle n’imaginait pas devoir affronter sans lui. Dans cette solitude extrême, affaiblie par la maladie et par le poids du temps, elle affronte la présence symbolique du « duende », figure mythologique sud-américaine héritée du folklore et popularisée par Federico García Lorca. Ce personnage, souvent associé aux zones d’ombre de l’existence, représente ici les peurs profondes, la fragilité et l’inéluctable finitude.
Inspiré de faits réels, Después del final se présente comme un portrait intime de l’artiste Luz Fernández de Castillo, dont le parcours a nourri la fiction. Pablo César opte pour une narration non linéaire : le récit avance en spirale, ponctué de flash-back qui éclairent les moments fondateurs de la vie de Gloria. On y découvre ses relations familiales, ses amitiés, ses espoirs artistiques, mais aussi les longues périodes de doute. Gloria y affronte notamment le syndrome de la page blanche, une bataille intérieure qu’elle tente de surmonter en se réfugiant dans la peinture, la poésie ou les souvenirs.
Dans ce film où l’esthétique occupe une place centrale, Pablo César mêle habilement arts plastiques, littérature et philosophie. De nombreuses références, notamment à Platon, viennent nourrir la dimension contemplative du récit. La poésie, omniprésente, agit comme un souffle vital qui accompagne la protagoniste dans ses élans créatifs mais aussi dans ses vulnérabilités. Le réalisateur convoque également des figures littéraires majeures telles qu’Oscar Wilde ou Federico García Lorca.
La réalisation repose sur une ambiance visuelle soignée, oscillant entre réalité et légende, entre concret et imaginaire, et entre noir et blanc et couleur. Cette esthétique traduit la finesse avec laquelle est rendue cinématographiquement l’intériorité d’une artiste au crépuscule de sa vie. L’œuvre se clôt sur une scène poignante : Gloria, désormais auréolée d’une forme de reconnaissance tardive, prononce un discours lors de la réception d’un prestigieux prix littéraire. Pablo César signe un film profondément humain, un hommage au pouvoir de l’art et à la force de la résilience.
Sorti en salles en septembre 1964 Soy Cuba : quand la révolution danse avec la caméra
Soy Cuba n’est pas un film, c’est une transe. Tourné en 1964 par le Soviétique Mikhail Kalatozov, avec une liberté presque insolente, ce projet de coproduction cubano-soviétique a superbement célébré la Révolution cubaine.
Un objet cinématographique magnifique où le génie du soviète Kalatozov a laissé libre court à son talent à tel point où son film, peu valorisé à sa sortie, devint trente ans plus tard, un modèle pour Scorsese, Coppola et toute une génération de cinéastes.
Une orgie technique qui fait encore rougir les drones d’aujourd’hui
Oubliez les effets spéciaux ! Tout est fait à l’ancienne, avec une caméra à l’épaule, des grues artisanales et une audace qui frôle la folie furieuse. Sergueï Ouroussevski, directeur de la photographie, signe ici l’un des plus grands exploits de l’histoire du cinéma. Des plans-séquences de plusieurs minutes qui traversent des étages d’hôtel bondés, plongent dans une piscine, survolent les champs de canne à sucre ou suivent une manifestation funéraire dans les rues de La Havane comme si la caméra flottait dans l’air. Le noir et blanc est d’une beauté déchirante, presque charnelle ; la lumière sculpte les visages, la fumée, la sueur et la mer avec une sensualité tragique.
On parle souvent du fameux plan de la terrasse d’hôtel qui descend jusqu’à la piscine en passant par-dessus les parasols : il reste, soixante ans après, l’une des plus belles prouesses jamais réalisées sans filet numérique.
Quatre nouvelles, une seule voix : Cuba elle-même
Le film est structuré en quatre épisodes reliés par la voix-off de l’île («Soy cuba- Je suis Cuba »), murmurée avec une ferveur lyrique. On suit une jeune femme exploitée dans les bars de touristes de La Havane, un paysan brûlant sa canne à sucre face à l’expulsion, des étudiants révoltés, puis les guérilleros dans la Sierra Maestra. Le message est limpide.
L’échec, d’hier, devenu légende d’aujourd’hui
Flop à sa sortie. Car jugé trop sophistiqué pour le réalisme specialiste de l’époque, trop « russe » pour les Cubains, trop long et trop lent. Le film disparaît dans les caves pendant des décennies. Il faudra que Martin Scorsese et Francis Ford Coppola tombent dessus par hasard dans les années 90 pour qu’il soit restauré et devienne l’objet de culte qu’il est aujourd’hui.
Même si le communisme semble de la vielle histoire aujourd’hui, le message politique n’a pris une seule ride. La lutte des peuples finit toujours par payer et les cause justes triomphe indéniablement. Soy Cuba n’est pas un film à comprendre, c’est un film à ressentir. Une symphonie visuelle, un trip sensoriel, une claque plastique qui laisse pantois.
Les amateurs de cinéma qui invente ses propres lois, n’en sortiront pas indemne.
Un chef-d’œuvre absolu.
Richard Duquette, producteur : « Il y a en Algérie un réel potentiel, autant pour le documentaire que pour la fiction »
Le producteur canadien Richard Duquette, impliqué dans le projet Filming Algeria, partage son regard sur le potentiel cinématographique de l’Algérie. Entre diversité des décors, position géographique stratégique et intérêt croissant des professionnels étrangers, il revient sur sa démarche et les perspectives d’avenir pour le pays sur la scène internationale.
Monsieur Duquette, vous travaillez actuellement sur la promotion de l’Algérie comme destination cinématographique internationale. D’après votre expérience, comment ce pays est-il perçu par les producteurs et réalisateurs étrangers, notamment nord-américains ?
Les retours que j’ai eus montrent que l’Algérie est encore une destination peu connue. Mais lorsque je présente des visuels et les différents lieux de tournage possibles, l’intérêt se manifeste immédiatement. Les producteurs sont intrigués par des paysages nouveaux, non exploités, car ce qui attire souvent un producteur, c’est la différence. La nouveauté. L’Algérie offre quelque chose de frais dans l’imaginaire du cinéma international.
Il y a un réel potentiel, autant pour le documentaire que pour la fiction. C’est un pays encore à découvrir, et le feedback jusqu’à présent est très positif.
On évoque souvent le Sahara comme décor principal. Proposez-vous aussi les villes du Nord, comme Alger, Oran ou Constantine, qui sont également cinématographiques ?
Oui, évidemment. Lorsque je parle de l’Algérie, le Sahara revient en premier, car l’étranger imagine d’abord un pays désertique. Le désert est impressionnant, mais il ne se résume pas à des dunes infinies : il y a des reliefs, des montagnes, une grande diversité de textures visuelles. Ce que les producteurs ignorent souvent, c’est que l’Algérie offre aussi des paysages méditerranéens, des zones forestières, des montagnes, et même ce qui surprend beaucoup des régions enneigées l’hiver, avec d’anciens centres de ski. Certains panoramas rappellent les Pyrénées françaises. Pour un tournage, c’est une force majeure. On peut tourner une semaine dans le désert, la suivante en montagne, puis sur la côte, tout cela sans traverser un continent. Cette proximité réduit les coûts et augmente la variété d’images disponibles. C’est un argument qui convainc.
Au vu de ce potentiel, comment voyez-vous l’avenir de l’Algérie dans l’industrie cinématographique ?
L’Algérie s’ouvre de plus en plus aux industries culturelles, et le cinéma suivra ce mouvement. Sa position géographique est stratégique : presque équidistante entre l’Amérique et l’Asie, très proche de l’Europe. Elle peut devenir un carrefour de tournage attractif si son image continue d’être portée à l’international.
Avec Filming Algeria, notre mission est justement de faire connaître les lieux, les décors, les infrastructures, pour donner envie aux producteurs étrangers de venir. L’avenir est prometteur. Les possibilités sont là, il faut simplement les montrer. Comme dans le film Field of Dreams : « Construis-le, et ils viendront ».
Chanteuse engagée, icône de la résistance..Haiyu, portrait vibrant de Mariem Hassan : une voix pour un Sahara libre
Présenté dans le cadre du Festival international du film d’Alger, Haiyu rend hommage à l’une des grandes voix du Sahara occidental : Mariem Hassan, chanteuse engagée, icône de la résistance culturelle sahraouie et figure majeure du blues du désert. À travers ce film, c’est un pan entier de mémoire, de lutte et d’identité qui se révèle, porté par le souffle profond d’un peuple en quête de liberté.
Haiyu suit le parcours de cette artiste exceptionnelle, née dans un territoire marqué par l’exil et le combat. La musique de Mariem Hassan — puissante, profonde, traversée de douleur autant que d’espoir — devient l’arme douce d’un peuple qui refuse l’effacement. Sa voix, chaude et lumineuse, transporte les spectateurs au cœur du Sahara, là où les chants deviennent témoignages, là où la poésie raconte ce que l’Histoire retient trop peu.
Le film s’attache non seulement à retracer son itinéraire artistique, mais aussi à révéler la femme derrière la légende : résistante, libre, parfois vulnérable, toujours debout. Entre archives, concerts, récits personnels et regards croisés de ceux qui l’ont connue, Haiyu compose un récit humaniste, profondément intime. On y découvre une artiste qui a transformé son art en manifeste, donnant corps et voix à une cause que l’on voudrait voir disparaître dans le silence.
En choisissant de projeter ce film, le Festival international du film d’Alger met à l’honneur une œuvre de mémoire et de dignité, rappelant le rôle fondamental de la culture dans les luttes contemporaines. Haiyu n’est pas seulement le portrait d’une musicienne : c’est un cri, un chant d’insoumission, un hommage à tous ceux qui, dans le sable et le vent, continuent de rêver d’un Sahara libre.
Pablo César, réalisateur argentin :« L’Algérie occupe une place essentielle dans l’imaginaire africain »
Rencontré à l’issue de la projection de son long-métrage de fiction « Après la fin », le
cinéaste argentin Pablo César revient dans cet entretien sur la genèse de son projet. Ayant
déjà réalisé plusieurs coproductions avec des pays africains, il évoque son idée de faire un
film sur la ville d’Oran, qui entretient un lien historique avec une ville éponyme en
Argentine.
Qu’est-ce qui a été le point de départ du film « Après la fin » ?
J’ai connu l’actrice pendant la pandémie de la Covid-19. Nous n’avons pas pu nous
rencontrer physiquement et j’ai entendu un enregistrement des poèmes qu’elle déclamait ; ils
m’ont beaucoup touché. Je l’ai contactée et elle m’a dit être trop âgée pour entreprendre une
carrière au cinéma. Elle n’avait jamais joué de rôle, et elle a fait son premier film avec moi à
l’âge de 88 ans. C’est peut-être une première dans l’histoire d’un long-métrage de fiction.
Vous songez à faire un film sur la ville d’Oran, qui semble avoir un lien avec une ville
portant le même nom en Argentine. Parlez-nous-en..
En effet, je pense à écrire un film sur la ville d’Oran, car il existe en Argentine, dans la
province de Salta, une ville qui porte le même nom, avec un léger accent sur le « a », mais
qui se prononce de la même manière. Il y a une grande histoire concernant des musulmans
qui ont habité cette ville, dont des pieds noirs. J’ai lu beaucoup d’histoires sur la ville d’Oran
en Algérie, et j’ai un ami qui y est né. Je pense à la possibilité d’en faire un film pour
montrer les deux Oran dans une fiction, afin de créer un pont culturel entre les deux pays.
Quelle a été la plus grande difficulté artistique lors de la réalisation du film ?
Il fallait trouver des actrices pour jouer les rôles à 10 ans, 16 ans et 40 ans. Trois actrices
différentes devant avoir des traits de ressemblance, bien entendu, avec un énorme travail de
direction pour les jeunes actrices, afin qu’elles s’approprient le caractère du personnage.
Quels défis rencontrez-vous pour financer et diffuser un cinéma indépendant et
poétique dans le paysage mondial actuel ?
En Argentine, le cinéma traverse une période très difficile, car le pays a perdu beaucoup
d’opportunités à cause de la dévaluation de la monnaie. Les subventions que l’État octroyait
à la production cinématographique ont nettement diminué durant la dernière décennie.
Vous avez réalisé 18 longs-métrages, dont la moitié en coproduction avec des pays
africains. Qu’est-ce qui rend ces collaborations essentielles pour vous ?
J’ai fait beaucoup de coproductions avec des pays africains, car je me sens africain. Je
présente au 12e AIFF, dans le cadre du panorama Sud-Sud, un documentaire intitulé
Maconge, la Córdoba africaine, en référence à la ville de Córdoba en Argentine, où
subsistent des traces de la population noire africaine qui fut réduite en esclavage durant la
période coloniale. Je cherche des liens entre l’Argentine et l’Afrique à travers les traces de
notre société.
Tout le monde croit que l’Argentine n’a aucune relation avec l’Afrique, alors qu’en
cherchant, on trouve beaucoup d'éléments. À titre d’exemple, ce sont des artistes africains de
Montevideo et Buenos Aires qui ont contribué à créer la musique et la danse du tango. J’ai
commencé à coproduire avec la Tunisie en 1990, puis avec le Cap-Vert, la Namibie et bien
d'autres pays.
Quelles difficultés rencontrez-vous dans la mise en place de coproductions Sud-Sud et
comment parvenez-vous à les surmonter ?
La coproduction est de plus en plus difficile à cause de la situation économique de
l’Argentine. Pourtant, elle demeure une grande solution pour le cinéma indépendant. Tout
dépend du choix du producteur et de son engagement à porter un film. Il faut aussi savoir
que la plupart des coproductions cinématographiques africaines se font avec des pays
européens, notamment la France, et très peu avec l’Amérique latine. Pourtant, les liens entre
nos continents sont incroyablement nombreux et nous avons beaucoup d’histoires similaires.
Que connaissez-vous de la culture algérienne et de son cinéma ?
L’Algérie occupe une place très importante dans l’imaginaire africain, d’abord pour sa
glorieuse Révolution et sa liberté arrachée haut la main. Le film La bataille d’Alger (1966) a
fait connaître l’Algérie dans le monde entier et lui a donné une place de premier rang dans le
cinéma africain.
Vous enseignez à l’Université du cinéma de Buenos Aires depuis 1992. En quoi votre
expérience africaine influence-t-elle votre pédagogie ?
Mon expérience en Afrique a beaucoup influencé mon parcours pédagogique. La magie du
continent et ses paysages naturels féeriques m’ont profondément marqué. Sa richesse
historique et sociologique m’a fait redécouvrir le cinéma d’auteur, la culture orale, l’héritage
millénaire et la grande sagesse présente dans les quatre coins du continent.




































