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Baptisée Mecque des révolutionnaires par Amilcar Cabral, leader indépendantiste du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau, Alger a donné dans les années 60 et 70 un souffle de liberté et de dignité à tous les mouvements de libération du monde. Cette période clé du jeune État algérien a été revisitée à travers « Les Panthères noires d’Algérie : une histoire de lutte au pays des Révolutions » de Mohamed Amine Benloulou, projeté dimanche à la salle Cosmos-Beta à Alger, dans le cadre de la compétition documentaire du 12e Festival international du film d’Alger.

Le film revient sur plusieurs moments historiques essentiels pour comprendre la relation singulière qui a uni les Black Panthers à l’Algérie. Parmi ces jalons figure la rencontre entre Martin Luther King et Ahmed Ben Bella à New York, un épisode souvent oublié mais révélateur du rôle diplomatique et symbolique qu’occupait l’Algérie dans les luttes de libération à l’échelle mondiale.

L’histoire commune entre les Black Panthers et l’Algérie s’enracine véritablement en 1969, lors du premier Festival culturel panafricain d’Alger où de nombreux militants afro-américains découvrent un pays en pleine effervescence révolutionnaire, devenu un centre névralgique des mouvements progressistes du Sud.

Le documentaire met en lumière l’impact considérable du film La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo sur la communauté afro-américaine et, en particulier, sur la pensée stratégique des Black Panthers. Montré comme un manuel révolutionnaire, le film devient une référence directe dans la formation militante aux États-Unis. De même, l’œuvre de Frantz Fanon occupe une place majeure dans la doctrine idéologique des Black Panthers. Benloulou rappelle combien les écrits de Fanon ont nourri leur réflexion sur la violence politique, la libération et la dignité des peuples opprimés. Le film évoque également la fameuse citation de Malcolm X : « Harlem est similaire à la Casbah d’Alger », soulignant un parallèle symbolique entre deux espaces de résistance.

Le documentaire reconstitue chronologiquement les étapes de l’implantation des Black Panthers en Algérie, l’arrivée de Eldridge et Kathleen Cleaver, l’ouverture de leur premier siège international à Alger et le bureau ouvert au public à la rue Didouche Mourad … jusqu’à leur départ suite à l’incident du détournement  du vol Delta Air Lines 841.

L’influence de la Révolution algérienne déborde largement du champ politique. Le film montre comment cette période inspire artistes et intellectuels américains : le groupe de rock « Algiers », Nina Simone, Spike Lee ou encore la romancière et sculptrice Barbara Chase-Riboud. Tous ont puisé dans l’imaginaire révolutionnaire algérien pour nourrir leur œuvre.

Le documentaire s’appuie sur des interventions de spécialistes qui éclairent les enjeux historiques, diplomatiques et mémoriels de cette période comme Nabil Djedouani, chercheur en archives du cinéma algérien, Kamel Bouchama, écrivain et diplomate, Elaine Mokhtefi, militante et traductrice des Black Panthers en Algérie, Samir Meghelli, historien et écrivain et Mohamed Tahar Dilmi, historien. Leur regard croisé enrichit la narration, conférant au film une rigueur scientifique tout en lui conservant une forte dimension humaine.