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Dans le long métrage palestinien « Passing Dreams », projeté dimanche dans le cadre du 12ᵉ Festival international du film d’Alger, le réalisateur Rashid Masharawi propose une plongée tendre et lucide dans le quotidien des Palestiniens à travers les yeux d’un petit garçon, à la recherche de son pigeon voyageur. Entre checkpoints, villes et camp de réfugiés, chaque pas devient une épreuve, chaque rencontre une leçon d’humanité. Avec subtilité et humour, le réalisateur transforme le quotidien en récit poétique, révélant la résilience d’un peuple et la force des rêves qui refusent de mourir. Le public de la salle Ibn Zeydoun a découvert une œuvre sensible, dont la douceur apparente n’efface jamais l’ombre tragique qui plane aujourd’hui sur la Palestine. Pendant 80 minutes, le film accompagne Sami, un garçon de douze ans qui s’obstine à retrouver son pigeon voyageur disparu depuis trois jours. En l’espace de deux semaines seulement, cet oiseau offert en cadeau est devenu le centre de son univers. Convaincu que le pigeon a regagné sa terre d’origine, l’enfant quitte le camp de réfugiés de Kalandia, où il vit avec sa mère, et s’engage dans un long voyage. Beit Lahm, El Qods, Haïfa, autant d’escales qui dessinent le parcours d’une quête dépassant largement la recherche d’un oiseau et révélant surtout l’aspiration profonde d’exister librement. En suivant ce périple souvent semé d’embûches, Sami entraîne son oncle Kamal, qui tient une boutique de souvenirs touristiques, ainsi que sa cousine Miriam, journaliste en herbe. Tous trois s’engagent dans un voyage où chaque checkpoint semble dresser une nouvelle barrière. On comprend très vite que la véritable frontière ne se situe pas seulement devant eux, mais aussi en eux, dans ce que l’enfance n’a pas encore appris à nommer. Derrière l’innocence du récit, un autre film se joue, celui d’une identité blessée, mais obstinée à avancer. Le film maintient le suspense et parvient à condenser de nombreux éléments en un temps relativement court, dévoilant des aspects de l’histoire familiale de Sami, notamment les raisons de l’incarcération prolongée de son père et l’explication de la brouille entre Kamal et la mère de Sami. Le réalisateur choisit la tendresse plutôt que la colère, l’humour parfois plutôt que le désespoir. Son regard demeure pudique, presque chuchoté, comme s’il refusait d’enfermer ses personnages dans la violence qui les entoure. Les gestes les plus anodins deviennent des batailles silencieuses et chaque déplacement porte la marque d’une fragilité qui force l’admiration. La mise en scène multiplie les rencontres, les visages croisés au passage, les conversations furtives qui disent bien plus qu’elles ne semblent révéler. Le spectateur découvre un territoire fragmenté, mais aussi une humanité qui cherche sans cesse à se relier. L’oncle Kamal affirme qu’un pigeon retrouve toujours sa maison. Une phrase simple en apparence, mais qui, dans cette histoire, devient un signe d’espoir. Le pigeon, symbole de liberté et de persévérance, revient toujours, même lorsque tout semble perdu. Le film laisse ainsi flotter une promesse celle que la liberté reviendra, parce qu’elle sait, elle aussi, retrouver son chemin. La réalité rattrape chaque image, chaque respiration. Pourtant, « Passing Dreams » ne raconte ni la guerre ni la mort. Il raconte la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus précieux. Une route, une famille, un rêve d’oiseau et, au milieu du désastre, une enfance qui s’obstine à inventer son horizon. Dans la salle, l’émotion était palpable. Le film a été accueilli avec une grande attention, comme si Alger se sentait particulièrement proche de ce récit. L’œuvre a touché au cœur autant qu’elle a questionné les consciences.