Edito Directrice Artistique
Nadia Meflah
Lorsqu’il m’a été demandé de proposer une photographie pour me présenter en tant que nouvelle directrice du Festival International du Cinéma d’Alger, j’ai quelque peu tardé. J’étais convaincue que l’image de soi relève avant tout d’un rapport à l’autre — et donc au monde —, où la perception est aussi affaire d’éthique et d’engagement.
Puis j’ai eu un déclic : retrouver un autoportrait réalisé en Palestine, alors que j’étais invitée, en octobre 2019, au Festival international de cinéma de Ramallah.
Aujourd’hui, en tant que professionnelle du cinéma, je me dois plus encore de soutenir nos frères et sœurs de Palestine, ainsi que toutes celles et ceux qui luttent pour préserver une histoire, un peuple, une mémoire.
C’est cette volonté que je souhaite inscrire au cœur du Festival d’Alger : en faire un espace de soutien à la création cinématographique de tous les pays du monde engagés dans un humanisme universel, dans la défense de la liberté de création, de la mémoire et du dialogue entre les peuples.
Cette ambition s’inscrit pleinement, à mes yeux, dans une mission de service public : offrir aux citoyennes et aux citoyens algériens un cinéma ouvert sur le monde, attentif aux luttes de notre temps, et faire du Festival un lieu de rencontres, de transmission et de solidarité.
L’excellence du cinéma algérien s’enracine dans cette volonté farouche de s’affranchir de toute assignation, et ce dès ses origines. Les œuvres cinématographiques algériennes, d’hier comme d’aujourd’hui, ont en commun d’offrir au monde une puissance esthétique indissociable d’une véritable beauté insurrectionnelle.
Comment raconter une condition humaine lorsque la lutte pour sa propre survie en devient la condition première ? Comment raconter une vie sociale, politique, économique et culturelle soumise à un système colonial qui se revendique légitime au nom d’une prétendue mission civilisationnelle ? Que peut le récit lorsque la guerre d’occupation ne cesse de se prolonger et de s’intensifier ?
Ces questions, nul ne peut aujourd’hui les esquiver. Elles traversent avec une force tragique de nombreux films récents, palestiniens bien évidemment, mais pas seulement.
Les cinéastes qui s’engagent comme des éveilleurs de conscience sont chez eux à Alger. Plus que jamais, nous devons renforcer nos liens avec celles et ceux qui s’attachent à déconstruire les héritages du colonialisme et les récits toxiques et mortifères qui en perpétuent les effets. Nous devons soutenir celles et ceux qui reprennent possession de leurs récits, font entendre la pluralité de leurs histoires, de leurs cultures et de leurs identités.
C’est cet héritage que nous avons aujourd’hui la responsabilité de prolonger et de porter plus loin : faire d’Alger un centre majeur du cinéma mondial, un lieu où puissent se rencontrer les artistes de tous les horizons, épris de liberté, de justice et de solidarité.
Un cinéma qui ne se détourne pas du monde, mais qui choisit de le regarder en face, de l’interroger et, peut-être, de contribuer à le transformer.



